 |
Moi
et les autres
Ma seule constance,
ce qui pourrait être le titre de ma vie, cest lurgence
de rêver. Plus quun simple processus artistique, cest
un besoin fondamental qui me nourrit au quotidien. Je nai
pas eu une enfance difficile, au contraire, mais pour survivre au monde
contemporain que jai toujours difficilement aimé,
jai tôt appris à rêver. Grand nostalique des
mondes imaginaires, jai eu plusieurs vies : cowboy, agent secret,
enfant de la jungle, super-héros... (nommez-les), en me frottant
à des super- truands, à des empereurs et à des demi-dieux.
Le scientifique a besoin de scruter lunivers au microscope pour
élargir les champs de la connaissance; le politicien doit fournir
ses efforts pour atteindre le pouvoir; le militant doit se rendre aux
barricades pour contester; le travailleur doit travailler pour gagner
sa vie et celle de sa famille. Moi, lorsque jai dû grandir,
alors que tous avaient les deux pieds dans la réalité, je
me suis retiré du monde pour mieux aller réinventer le mien.
Je suis né au far-west en 1972. Jai voyagé
dans tous les pays, conquis toutes les femmes de la terre et réalisé
de grands exploits...; les univers inventés ne peuvent pas tous
être partagés, et dans le meilleur des cas je tente de les
conserver dans leur plus pur état, protégés du reste
du monde et préservés dans mon enveloppe spirituelle comme
des locataires indélogeables de ma personne.
Mais pour que de réels fantasmes prennent forme, jai
dû dabord mettre un pied dans la réalité. Rien
ne se serait produit si jétais resté seul à
bord de mon bolide imaginaire. Mes fantaisies oniriques habituelles
ont peu à voir avec ma vraie vie, car le rêveur solitaire
que je suis nappartiens quà moi-même. Cependant
lexpérience de la réalité telle que je lai
vécu : mes études, lamour, la bd, la peinture, les
publications, les murales, les expositions, les contrats, lescalade
urbaine et les voyages ont pris forme avec le contact des autres.
Amis ou connaissances, cest à ces rencontres que revient
le véritable crédit de mes réalisations. Les rencontres
ont un pouvoir plus grand quon ne pourrait limaginer et il
ne faut pas les sous-estimer. En souvrant à celui qui est
devant nous, on souvre au monde entier, peu importe que celui-ci
nous plaise ou nous agace. Ce phénomène a dirigé
mon destin et je commence à peine à le reconnaître.
Mon parcours et mon art, tout comme ma vie et mes expériences,
je les dois aux autres.
Dominique Desbiens,
2009
|
 |